N° ACR0000696 - ministère de l’Économie et des Finances

 
Adresse : 132 rue de Bercy
  75012 Paris 12e Arrondissement
Coordonnées GPS : 48.841877, 2.377508
Coordonnées GPS : 48.841877, 2.377508
Dates Construction : 1989
Date de classement : 2016
Auteur : Chemetov Paul (architecte) ; Huidobro Borja (architecte) ; Duhart-Harosteguy Émile (architecte) ; Arretche Louis (architecte) ; Karasinsky Roman (architecte) ; Ciocardel Virgil (architecte)
Patrimoine du 20e siècle

Précision Interet :

Le nombre élevé de participants (137) lors du concours national lancé pour la construction du nouveau ministère de l’Économie, des Finances et du Budget témoigne à lui seul de l’importance que revêt l’édifice au regard de l’histoire de l’architecture française. Cette compétition, à laquelle participèrent les plus grands architectes français du moment, s’inscrit d’ailleurs dans la lignée des grands concours lancés à Paris dans les années 1960 et 1970 (consultation internationale pour l’aménagement du quartier des Halles, concours international d’architecture pour la réalisation du Centre Beaubourg). Le statut iconique du ministère repose sur son affiliation à la politique des Grands Travaux initiée par François Mitterrand au début de son premier septennat et sur les liens qu’il entretient avec les réalisations architecturales d’envergure construites dans le cadre de cette politique (Grand Louvre, Opéra Bastille, Cité des sciences et de l’industrie, parc et cité musicale de la Villette, etc.). Le retentissement des débats et polémiques que sa création a stimulé (implantation, projet, architectes) ont également contribué à faire de l’édifice – parfois qualifié d’architecture stalinienne – une référence. Le concours et la réalisation du ministère ont ainsi été abondamment commentés dans la presse professionnelle française et étrangère, aussi bien que dans la presse généraliste. En cela, la conception de l’édifice est un marqueur temporel déterminant qui a contribué aux réflexions théoriques de son époque et à la renommée de l’architecture française des années 1980. Enfin, la forme atypique du ministère remet au goût du jour une typologie ancienne, celle du pont habité, dont l’origine remonte au Moyen Age. L’usage d’un viaduc linéaire continu inscrit en effet l’édifice dans une histoire riche, dont les exemples parisiens ont disparu à l’instar du Pont-au-Change, mais dont le pont habité de Rohan à Landerneau ou le Ponte Vecchio de Florence sont le rappel. En réactivant cette typologie du pont habité et en empruntant certains codes de l’architecture castrale (douves, cour d’honneur), les architectes mettent au point une mégastructure singulière qui se veut à la fois symbole du pouvoir et symbole d’un lien entre l’État et les citoyens. On peut également voir dans ce bâtiment la résurgence du concours perdu d’Évry conçu par l’AUA (1971-1972), voire du Monument continu, le projet radical pensé une quinzaine d’années auparavant par les architectes de Superstudio (1969).

Description Historique :

La décision de construire le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget (MEFB) fait suite à la première conférence de presse accordée par François Mitterrand, le 24 septembre 1981. Au cours de cette prise de parole publique, le nouveau président de la République esquisse les premières lignes d’une politique de Grands Travaux qu’il souhaite voir réaliser. Il annonce en particulier sa volonté d’étendre la fonction de musée à l’ensemble du Palais du Louvre, opération bientôt désignée sous l’appellation Grand Louvre, qui suppose le déménagement des bureaux du MEFB, hébergé dans l’aile Richelieu depuis 1875. Cette décision permet de résoudre les difficultés causées par la mitoyenneté de deux institutions publiques aux fonctions différentes, ainsi que les problèmes liés à l’étroitesse des locaux afférents aux administrations financières rue de Rivoli. En tant que coordonnateur pour le transfert du ministère, Guy Vidal se voit confier une mission de préfiguration entre octobre 1981 et janvier 1982. En raison de l’urgence des besoins, on opte pour l’organisation d’un concours national plutôt qu’international, dont l’appel est publié dans la presse spécialisée en mai 1982. 137 équipes concurrentes participent à la compétition qui se déroule entre les mois de juin et septembre de la même année. En novembre 1982, un jury composé de trois représentants du maître d’ouvrage (Jacques Baudrier, Michel Prada et Guy Vidal), trois architectes (Yves Lion, Roland Simounet et James Stirling) et trois personnalités du monde de l’architecture (Yvonne Brunhammer, Marc Émery et Pierre-Yves Ligen) présélectionne quatre esquisses parmi les 137 concurrents. Exposées entre janvier et février 1983 à l’Hôtel de la Monnaie, les quatre esquisses retenues sont le fait des architectes Christian Martel et François Jarrige, de l’atelier d’architecture Georges Pencreac’h, de l’équipe constituée par Alain Beraud, Benoît Crépet, Robert Grosjean et Jean-Philippe Pargade et des associés de l’AUA, Borja Huidobro, Paul Chemetov, Christian Devillers auxquels se sont joints pour l’occasion Émile Duhart-Harosteguy et Jean – Baptiste Lacoudre. Le 17 décembre 1982, François Mitterrand retient ce dernier projet en raison de « sa composition à la fois forte et contemporaine » et son « échelle sans monumentalité excessive, bien intégrée au site ». En 1984, cette décision fera l’objet d’une polémique relayée par L’Architecture d’aujourd’hui où deux conceptions de la modernité s’affrontent, celles des architectes Paul Chemetov et Jean Nouvel. Dans le cadre de la loi de protection de la nature, l’urbaniste Michel Steinebach se voit confier une étude d’impact durant l’année 1983, afin de vérifier que l’importance des dimensions des ouvrages et l’incidence de ces aménagements sur le milieu naturel ne portent pas atteinte à ce dernier. L’étude conclut que l’édifice n’engendre aucun dommage, mais valorise au contraire la fin du réaménagement de la ZAC Gare de Lyon – Bercy. Au même moment, les études architecturales se poursuivent en plusieurs phases (décembre 1982, 1ère phase d’étude ; avril 1983, 2e phase d’étude ; septembre 1983, 3e phase d’étude) et imposent des révisions techniques conséquentes : surélévation de 3 m de l’édifice pour éviter les crues de la Seine, transformation du bâtiment en IGH, ajout d’une deuxième douve. À la mise au point de l’avant-projet sommaire entre septembre 1983 et janvier 1984, succèdent plusieurs dépôts de permis de construire dont les premiers sont accordés entre février et mars 1984, alors que les premiers travaux de démolition sont en cours depuis juillet 1983. L’édification du ministère s’est déroulée sur 44 mois suivant un calendrier serré débuté en 1984. L’année 1985 voit la construction du sous-sol, tandis que le chantier – un temps ralenti par la cohabitation de 1986 et l’hostilité envers le projet du nouveau ministre Édouard Balladur – se poursuit par la construction du bâtiment central en février 1987, la construction du bâtiment du côté des voies ferrées en septembre 1987 et par la construction du côté Seine en juillet 1988. Les premiers occupants s’installent avant la livraison finale de la cité administrative intervenue en 1989.

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